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Parcoursup : nouvelle procédure d’admission post-bac, nouvelles craintes - Le Monde, 29 janvier 2018

mardi 30 janvier 2018, par Martine

« Le Monde » a pu assister à des réunions d’information dans des lycées, où les parents, venus nombreux, s’interrogent sur le nouveau système d’orientation post-bac.

Si «  parcoursup mode d’emploi  » était une pièce de théâtre, elle se jouerait à guichets fermés. Depuis le lundi 15 janvier, date de l’ouverture de la plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur qui succède à APB (Admission post bac), les lycées multiplient les réunions d’information à l’intention des parents d’élèves. L’objectif ? Guider les élèves de terminale dans les méandres du nouveau système. Le Monde a assisté à trois de ces réunions, à Paris, Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) et Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Symptôme de l’intérêt mais surtout des interrogations que la réforme suscite, toutes ont fait salle comble.

« Parcoursup est un outil d’aide à l’orientation et un moyen de s’informer sur les filières possibles  », rassure, lundi 22 janvier, une conseillère d’orientation du lycée Alexandre-Dumas de Saint-Cloud en déroulant sur grand écran le fonctionnement du système dans le réfectoire où les 16 rangées de 12 chaises sont toutes occupées. Les parents acquiescent, sages et polis. Une main se lève, puis deux, puis trois… Pour ne pas se perdre dans Parcoursup, elle détaille trois règles à suivre : 1, établir un projet d’orientation cohérent ; 2, suivre à la lettre les indications données par le site ; 3, respecter impérativement les échéances fixées. Ce serait donc simple.
Interrogations sur la « fiche-avenir »

Interrogations sur la « fiche-avenir »

Pourtant, la grande nouveauté de Parcoursup, la « fiche avenir », suscite encore des interrogations. Il s’agit de la pièce maîtresse du dossier de candidature de chaque lycéen où sont détaillés son projet d’orientation, ses notes, les appréciations de ses enseignants et l’avis du chef d’établissement. Désormais prise en compte dans l’examen des dossiers par les formations sélectives du supérieur (écoles, BTS, IUT…) comme par les universités, c’est un sésame ou un boulet, selon les candidats. « Avons-nous accès aux appréciations avant d’envoyer nos vœux le 13 mars ?  », demande, pragmatique, une maman qui s’interroge sur la pertinence d’envoyer une candidature dans une filière pour laquelle son enfant risque de ne pas avoir le blanc-seing de ses enseignants. « Non. Vous n’aurez accès à la fiche avenir de votre enfant qu’à partir du 22 mai », précise Hélène Mathieu, proviseure du lycée Alexandre-Dumas qui compte 500 élèves en terminale.

A Paris ou à Nogent-sur-Marne, nombre de familles s’étonnent aussi de ce détail. Signe que le sujet est sensible, l’académie de Paris nous a refusé l’accès aux réunions au sein des lycées. « Avec cette réforme, tout le monde est désormais informé des “attendus” des formations, donc des fausses routes possibles, et du taux d’échec en première année de licence à l’université », explique lors de l’une d’elles le proviseur d’un établissement parisien. Pas de surprise donc, chaque élève candidatera en connaissance de cause : « Et si un lycéen en terminale littéraire et artistique, qui a cessé de faire des mathématiques en première, candidate pour une place en études de santé, nous lui dirons qu’il fait peut-être une erreur d’orientation.  »

« C’est de la sélection  », murmure un parent d’élève. A ce mot, un grommellement monte du fond de la classe, interrompu par le chef d’établissement :

«  Nous sommes dans une société sélective et la sélection, dans le cadre de la scolarité, commence bien avant l’entrée dans l’enseignement supérieur. Mon objectif, c’est que tous les enfants intègrent le goût de la découverte et des études afin de les préparer le mieux possible à entrer dans le monde tel qu’il est, sélectif. »

Cette sélection, qui interviendra à l’université lorsque le nombre de candidatures sera supérieur au nombre de places disponibles, n’entraîne de débats dans aucune des trois réunions. « Ce sera toujours un peu plus juste que ce tirage au sort révoltant utilisé jusqu’à aujourd’hui  », commente Emmanuelle Benchimol, mère d’un élève de terminale rencontrée au lycée Louis-Armand de Nogent-sur-Marne. Elle espère toutefois que les critères utilisés pour départager les candidats (avis du conseil de classe, notes, activités extrascolaires, etc.) ne laisseront pas sur le bord de la route des élèves « qui auraient pu se révéler dans le supérieur ». Ou bien ceux qui seront « moins accompagnés à la maison pour remplir les dossiers, fournir les justificatifs demandés, répondre aux propositions dans les délais, etc. ».

Tri automatique

Reste aussi à comprendre comment les universités vont s’y prendre pour classer les dossiers. A la fin de la réunion d’information, Virginia Torres, une autre mère d’élève, s’interroge : «  Les formations vont recevoir des milliers de dossiers. Vont-elles pouvoir les regarder un par un ? Vont-elles devoir embaucher des gens ? » De fait, dans les filières les plus demandées, il y a peu de chance que tous les dossiers puissent être regardés individuellement : des systèmes de tri automatique des candidatures, à partir des éléments fournis dans le dossier, sont déjà prévus ici ou là. « La tension dans ces filières ne disparaîtra pas avec un changement de logiciel  », analyse, pas dupe, une parent d’élève parisien.

Alors que les derniers parents quittent la salle polyvalente du lycée nogentais, Alain Gaymard, le directeur du Centre d’information et d’orientation (CIO) de la commune ayant coanimé la réunion, estime que « ce n’est pas tant le changement de procédure d’orientation post-bac que la rapidité avec laquelle elle a été mise en place qui inquiète et déboussole les parents et les élèves ». « Nous avons eu les dernières informations la veille de l’ouverture de la plateforme… et certaines nous manquent encore  », ajoute-t-il. Et de conclure : mais « il n’y a pas de raison que ce soit pire que l’année dernière ».

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