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Montpellier : témoignage d’un enseignant - 27 mars 2018

mercredi 28 mars 2018, par Mariannick

A Montpellier, la mobilisation contre le Plan Etudiant et l’austérité (et maintenant la réforme du bac) est demeurée de basse intensité de novembre à janvier, mais s’est d’emblée posée sur des bases intersyndicales ESR (CGT-FO-FSU-Solidaires), inter-établissements (Université de Montpellier et Université Paul-Valéry Montpellier 3), et intercatégorielles (personnels et étudiant.e.s ensemble dans l’intersyndicale, les réunions d’information et les assemblées générales).

La mobilisation a franchi un net palier à Paul-Valéry à partir de la journée de mobilisation et de manifestation du 1er février, à la suite de laquelle des réunions et assemblées générales de plus en plus nombreuses se sont tenues sur le site, avec près de 1000 personnes en assemblée générale le 15 février, première journée de blocage de l’université par le comité de mobilisation suite à une décision d’assemblée générale. La seconde moitié de février a vu une extension de la mobilisation sur les autres sites universitaires, avec des premières réunions d’information à la Fac de Droit et de Science politique. Le blocage du campus de Paul-Valéry dans les derniers jours de février, ainsi que le blocage perlé dans les deux premières semaines de mars, ont permis un début de mobilisation autonome des personnels de Paul-Valéry : trois assemblées générales des personnels les 8, 15 et 22 mars ont voté la grève respectivement les 15, 22 et 27 mars. Le comité de mobilisation réunit désormais régulièrement entre 100 et 200 personnes (étudiant.e.s et personnels), une AG intercatégorielle de près de 1200 personnes a voté le blocage continu du 15 au 26 mars, cependant que des AG dépassant la centaine de personnes se tenaient en Fac des Sciences et en Fac de Droit et de Science politique au cours des deux dernières semaines.

La journée de grève et de manifestation pour la défense des services publics du jeudi 22 mars s’est donc déroulée dans ce contexte d’intensification et d’extension de la mobilisation à l’ensemble des sites universitaires de Montpellier, et au lendemain d’une AG en Fac de Droit et de Science politique qui avait réussi à déjouer les tentatives de perturbation et d’intimidation menées par les corpos et l’extrême-droite. L’intersyndicale ESR avait réservé l’amphi A de la Fac de droit et de Science politique pour une assemblée générale à 14h. Dès 13h, le cortège ESR en tête de la manifestation montpellieraine est entré dans l’amphi (vide), et rapidement les conditions de tenue d’une AG inter-établissements ont été assurées : point info sur les luttes dans les différents secteurs (premier degré, second degré, justice, ESR) ; perspectives de poursuite de la mobilisation sur le site montpelliérain. Une occupation de la Fac de Droit et de Science politique a été décidée, au moins jusqu’à une prochaine assemblée générale le lendemain vendredi 23 mars à 8h.
Le reste de l’histoire est désormais connu de tous et toutes (l’agression elle-même, les blessé.e.s, ainsi que l’approbation donnée par le doyen de la Fac de Droit et de Science politique à cette agression), mais quelques points à souligner tout de même :

  • L’assemblée générale de jeudi après-midi a subi des tentatives de perturbations de la part des corpos et de l’extrême-droite, mais a pu se tenir et aboutir à des décisions
  • Pendant l’après-midi et le début de soirée, il y a eu plusieurs tentatives d’enfermer les occupant.e.s à l’intérieur de la Fac de Droit par la fermeture des grilles ou des portes, à laquelle les présent.e.s ont pu s’opposer
  • Des camarades syndicalistes ont discuté toute l’après-midi avec le doyen de la Fac de Droit pour garantir la gestion pacifique de la situation
  • En cas d’intervention de la police (attendue en début de soirée ou tard dans la nuit), un scénario de sortie pacifique avait été élaboré par les occupant.e.s
  • Le rôle de la police, qui n’est pas intervenu au moment de l’agression mais est présumée avoir escorté les agresseurs hors de la Fac de Droit, demeure extrêmement trouble

Le vendredi 23 mars, un rassemblement s’est formé dès le matin 8h devant la Fac de Droit et de Science politique, pour récupérer les affaires abandonné.e.s dans l’amphi A par les camarades qui en avaient été chassé.e.s brutalement. La Fac de Droit était toutefois ouverte, et les cours se tenaient comme si de rien n’était : seules les personnes suspecté.e.s d’être extérieur.e.s à la Fac de Droit étaient quant à elles interdites d’entrée sur le site par la police et les agents de sécurité de la Fac de Droit. Le rassemblement massif appelé pour 13h a contraint la Fac de Droit à la fermeture. Ce rassemblement massif (près de 1000 personnes) a débouché sur une manifestation qui est passée devant la présidence de l’Université de Montpellier avant d’aboutir devant la préfecture afin d’exiger que justice soit rendue aux camarades agressé.e.s. Une délégation a été reçue par le préfet, la rectrice et le cabinet de la ministre (à distance) : ces derniers ont refusé de suspendre le doyen de la Fac de Droit (mais indiqué qu’il serait incité à démissionner), et annoncé l’ouverture d’une enquête de l’IGAENR. En parallèle, les camarades agressé.e.s ont porté plainte, l’intersyndicale ESR et la LDH se portant partie civile dans l’affaire.

Depuis vendredi, le doyen de la Fac de Droit et de Science politique a démissionné et l’enquête de l’IGAENR a débuté, mais l’intersyndicale locale s’inquiète de la désinvolture des inspecteurs de l’IGAENR et des tentatives d’étouffement des poursuites judiciaires engagées contre le doyen et les personnes suspecté.e.s de s’être rendu coupables de l’agression – des personnes extrêmement bien connectées dans la bonne société montpelliéraine.

Cette attaque brutale n’a pas amené à un affaiblissement de la mobilisation à Montpellier, qui semble au contraire s’être élargie, comme le démontre la tenue de nouvelles AG cette semaine à la Fac des Sciences et à Paul-Valéry. Une nouvelle AG est également prévue à la Fac de Droit et de Science politique ce mercredi, dans un lieu qui reste à déterminer.

Pour plus d’infos, les communiqués intersyndicaux locaux :

http://www.sudeducation34.org/sites/www.sudeducation34.org/IMG/pdf/comminuqe_intersyndical_contre_les_violences_a_la_fac_de_droit_a_montpellier.pdf

http://www.sudeducation34.org/sites/www.sudeducation34.org/IMG/pdf/communique-is-esr-montpellier-25mars2018.pdf

Mercredi 28 mars Université de Montpellier, Faculté de Droit et Science Politique. Assemblée Générale à 18h. Lieu à déterminer.

Communiqué de l’intersyndicale — Solidaires, SNESUP-F.S.U., SUD Éducation et C.G.T. des universités de Montpellier — et de la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault.