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Classement de Shanghaï : « Cela ne me préoccupe guère », assure Geneviève Fioraso ; Propos recueillis par Isabelle Rey-Lefebvre ; lemonde-educ.blog.lemonde.fr ; le 16 août 2012

jeudi 16 août 2012, par Alain

L’édition 2012 du classement de Shanghaï a été publié mardi 14 août. La position des universités françaises y est stable, malgré un léger effritement global. Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur, a répondu à nos questions.

Que pensez vous de la position des universités françaises dans le classement de Shanghaï ?

Cela ne me préoccupe guère. Le classement de Shanghaï est surtout un outil marketing qui ne prend pas en compte les sciences humaines et sociales, ignore la qualité de l’enseignement et de critères comme le taux de réussite des étudiants, leur encadrement… Ce classement s’appuie uniquement sur des critères de recherche et de publication, et encore, sans prendre en compte la valorisation et les transferts de technologie. C’est donc très parcellaire et réducteur, même si les comparaisons internationales sont toujours intéressantes.

Où en est le projet européen de classement mené par la Conférence des présidents d’universités français (CPU) et son homologue allemande, la Hochschulrektorenkonferenz (HRK) ?

Je souhaite donner un coup d’accélérateur à ce projet de classement multicritères, qui, à mon avis, ne va pas assez vite. Il est mené, côté français, par l’Observatoire des sciences et techniques (OST) dont le président était, jusqu’à récemment, Jean Richard Cytermann qui a rejoint mon cabinet, et dont nous avons la tutelle. C’est donc un levier d’action possible. Ce futur classement n’a pas une vocation de palmarès mais d’outil d’information et d’orientation à destination des étudiants. Nous en parlerons dès septembre, lors de la réunion des ministres européens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La stratégie de regroupement des universités pour être mieux classées et plus visibles à l’international est-elle efficace ?

Oui, elle a permis dans quelques cas de gagner des places : jusqu’à 150 pour Marseille ! Strasbourg, avec le prix Nobel 2011 de médecine de Jules Hoffmann, devrait aussi grimper dans le classement. Mais ces regroupements ne doivent pas être artificiels, sinon on le paie plus tard. Ce qui m’importe, c’est l’efficacité : mieux former nos jeunes. Sincèrement, mon action se veut plus large et plus en profondeur. Il s’agit de revaloriser l’image des universités en terme d’enseignement, d’y attirer les bacheliers scientifiques, notamment ceux qui ont décroché une mention, de faire réussir nos étudiants. Nos professeurs sont de bonne qualité et il ne suffit parfois de mesures en apparence modestes, de rendre ces petits services qui font la différence, accueillir les étudiants au cours d’universités d’été - beaucoup le font mais pas toutes -, mieux les orienter, rassurer les familles, développer le tutorat, soigner l’environnement, stimuler l’innovation. Il faut aussi rendre plus lisible l’offre de formation qui, avec 3 000 masters, est incompréhensible pour les étudiants, leurs familles et les employeurs, et mutualiser les moyens. Nous devons aussi contrer la fuite des cerveaux non pas tant vers l’étranger mais des scientifiques vers la finance ou la gestion.