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Droits dans les yeux - un billet du Groupe Jean-Pierre Vernant, 15 novembre 2020

dimanche 15 novembre 2020, par Laurence

Billet à retrouver paginé, et accompagné de photographies ici :
http://www.groupejeanpierrevernant.info/#Jipe

« Le vrai courage, c’est au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Être le grain de sable que les plus lourds engins écrasant tout sur leur passage ne réussissent pas à briser. »

Jean-Pierre Vernant, discours en République tchèque (1998).

« On ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages. »

Jean-Pierre Vernant, Le Monde (1993)

Le groupe Jean-Pierre Vernant aura été un intellectuel collectif rassemblant des universitaires de différentes spécialités, unis par l’usage d’un nom propre destiné à casser la mécanique de réputation nombriliste qui corrode le débat public. Mais revêtir un masque, est-ce seulement subvertir l’auctorialité ? Pourquoi avoir choisi la figure tutélaire de Jean-Pierre Vernant, anthropologue de la Grèce antique et Résistant antifasciste, renouant avec une forme modernisée de κολοσσός ?

Certains sont droits dans leurs bottes. Jean-Pierre Vernant regardait droit dans les yeux.

C’était une manière d’aller à l’essentiel. De dire, d’écouter, entre égaux, entre camarades, juste entre humains. Se dépouiller des pare-feux des hiérarchies, des dissymétries de statuts. Se parler et s’écouter, car là est l’essentiel.

Le jeune prof de philo à Toulouse, le commandant de l’armée clandestine, le compagnon de la Libération, puis le chercheur, le directeur d’études et le professeur au Collège de France, le maître, l’éveilleur intellectuel de tant d’étudiantes et d’étudiants… Jipé était tout cela à la fois. Il regardait dans les yeux.

Vernant est aussi celui qui a regardé la Grèce ancienne droit dans les yeux. En essayant d’aller au cœur de cette culture. Retrouver les regards de ces hommes, leur pensée, leurs peurs, leurs fascinations, leur imaginaire, leur rationalité et leur irrationalité, à travers une forme d’archéologie inédite des textes, des images, des représentations, des savoirs grecs.

L’humanisme de Vernant était bien différent de celui de ses collègues hellénistes du monde académique. Il ne lisait pas les textes, il ne voyait pas les images comme on les voyait dans des lieux d’enseignement “classiques”.

Vernant était un humaniste, dans son souci du collectif, dans le charisme qui fédérait autour de lui collègues et étudiants, dans son exigence intellectuelle qui contournait ou surmontait les conformismes.

Vernant fut force de rénovation, de révolution, même. L’innovation intellectuelle, le nouveau paradigme historiographique allaient de pair avec une position politique : contre le conformisme, contre le sens commun, contre les idéologies de l’éternel humain et du sens immédiat, contre la facilité intellectuelle et le réductionnisme, contre les tautologies et les angles morts des tenants de l’identité et des permanences sur la longue durée.

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